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30.08.2006
René BÉLANCE - Berge
Rien n'est debout, hormis ma toge
Je cultive mon secret mon rite entériné
pour l'aveuglement des acolytes et penche
un œil court sur l'arrêt la strate et le lit
du retour inactuel Je me loue et me change
à l'espoir improbable Nuit comme la porte du
sépulcre de l'autre berge où va ma stupeur
et l'âge froid
En toi le feu l'eau l'éclair quand ma course
s'embrouille Et quand plus rien ne remue
l'œil découvre le jet du néant de nos alarmes
Tu couves quelle paix dans la faim miraculeuse
des fruits sans carpe où fermente le vin d'abysse
que ta conque offre au soleil Hier tu nageais
dans la houle sans pleurer le bonheur des banqui-
ses hors des algues Et tu longes front radieux
à l'encontre des palmes les baies ouvertes
au chant des agonies Ai-je besoin de grimper
si tard au sommeil si ma voix n'a d'écho
que le soupir des grottes L'ombre chasse loin
la lueur accrochée à mon front dans la peur
Les mailles de la nuit se plient sur la claie
mélangée aux brindilles sans couleur Je n'ai
jamais vécu que sur mon aile Je m'enlise pieds
défaits dans la peur des lendemains
Rien ne porte l'étendard de l'œuvre nulle
Fripé muet je suis l'otage
Amer à l'espoir dans la taie du sommeil
Une marche creuse mène au corps des joies
meubles au seuil
Mon aile à la glu de la tombe Et colle
mon front au fer du recul Ma peau éprouve
l'alarme des rires froids dans la molle allé
où j'erre inconnu
Que mon îlet chasse une voie d'eau Sirène
Ma couche épie une main d'aloès et vive
inaliénable une palme à mon éveil lunaire
La sueur gelée de menthe à ma soif allogène
Un bandeau loué à la nuit ma vareuse pour un
étendard à l'aléa
Je vois qu'une bouche à l'hostie ouvre le four
d'une faim pérenne Mon galop blanc dans la nuit
liée suit la verdure à l'accueil des crucifères
Tu m'es l'amiante la glu le feu du miel
où va mon ombre en carène
Nous avons du coup franchi les portes interdites
Au pèlerin l'écho des plages où chaque pas mesure
l'éternité de ma faim polie Suis-je troublé
par l'émoi de vivre en chimère et bercer le doute
Nul serment s'il n'est promesse de fleurs pour
mon sommeil las aux patères affectées à ma peur
J'ai le dé des causes et riche de mes alarmes
pivot reclus du sang
Comment passer l'eau si le gué des bras n'ouvre
une auberge au courrier du projet
Partir un soir sans loi ni leurre et porte ouverte
la saveur offerte d'une main comble
dans l'appel enténébré du chercheur élu
Nuit sous sommes à quai dans l'absence
des yeux cuivrés pour mettre nos morts en calebasse
et nourrir mes vœux secrets Je planterai le feu
dans les palmes
O déesse promise à l'aube
Tu danseras comme la mambo secoue les feuilles
pour convier les pèlerins dorman
Soleil cette nuit sauvée met ma voile sur
une auge guidant nos pas vers les profondeurs
Et nous avons toujours été sans atout
dégrisés dans l'orgie morigène
à l'ennui des matins où nos contes
ne disent plus l'histoire des morts
au mur d'avril
On n'habitait plus en ce temps de calvaire
les plateaux tièdes à secouer les agrès
pour un plus sûr départ
Je savais alors les contours dorés des madrépores
comme si j'avais le privilège de cultiver tous
les herbiers du songe au gré des chansons
d'un matelot affamé dans la falaise bleue
du moindre espoir
Un jour le vent s'est abattu
à bout de bras sur ma quille
et le tangage a mis la déroute en carène
Mais pourquoi – j'avais bien juré de tenir
le cœur haut – suis-je parti sans égard aux pleurs
Je sais que pour me faire un sillage
d'ahan tous les souillons poussent la meute
des nuits maigres des cactus aux carrefours reposoirs
Nul Ailleurs, Éd. Grand-Anse.
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Salah STÉTIÉ - Fièvre et guérison de l'icône
![]()
L'image est endormie dans le feu de l'image
Et la voici brûlante par l'esprit
Ses ailes déployées sous le vent et la nuit
Un peu de pluie à l'avant de son visage
Et la voici comme une fille nue
Endormie dans les draps et les plis de l'image
A cause de la neige et de la nuit
Son corps est pur et sa lampe indivise
En vigne obscure où s'accroît le vin d'ombre
Que boit l'oiseau en sa mémoire d'homme
Avant son grand retour au feu du monde
D'où le feu se retire
Pour qu'apparaisse une dalle d'eau noire
Cristal ontologique et non décrit
Sur qui le pied levé est retenu
Cette jambe de nuit
En suspension sur l'eau immaculée
Qui est statue de la rosée des morts
Dalle d'ici, d'ici non traversée
Mais seulement brillante au loin dans l'âge
Avec l'oiseau de la crucifixion
Dans la chambre du feu
Et seulement très seule est cette jambe
Sur l'eau comme une éternité suspendue
Qu'emportera de nous la jambe nue
De l'autre côté de l'esprit dans la brûlure
Par le léger rideau des palmes vives
Au tremblement léger des palmes vives
Sous l'arbre intérieur à sa feuillée
Comme au jardin des rides
Ruisseaux qui sont larmes tombées d'eau vive
Ecume arrachée par l'oiseau et qui
Larmes perdues se reformeront figures ?
Et nous emporterons souffle et parole
De l'autre côté de l'esprit dans la brûlure
Comme une langue absolue indivise
Etablie dans la vérité du cœur
Où l’œil de l’œil se fait poussière immense
Sur tout chemin de tout effacement
Et l'arbre seul recouvert de rosée
Signe de son évidement le froid du monde
Quel est son fruit ? Circoncision du cœur
Est nom de la lumière dans les arbres
Arbres d'errance ... Entre eux lente lumière
Allant d'un arbre à l'autre avec ses mains
Lumière ainsi égarée ou dormante
Avec sa bouche inutile et de délire
Que porte en lui l'enfant doré de langues
22:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
René BÉLANCE - Trame
dressera les signes-lumens parmi les rocs
les ronces et la glu
La faim mène au cœur l'éclaboussure des
rêves et jette un rideau de deuil sur cha-
que dessin d'aube
Né de la gloire et pour déchoir je ne mesure
pas mon image au solstice d'une palme
Or je vis de dormir lové dans ma geôle et
nonchalant
Il n'est plus temps de convier le vent au
sillage nubile de mon itinéraire obvenu
désuet Le cap de l'aïeul a dévidé inapte
et brouillé Et je décline au détour de ma
cime.
Nul Ailleurs, Éd. Grand-Anse.
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René BÉLANCE - Décret
Je nourris ma torpeur
et recule timide clément
et lâche de nier l'élan
quand l'effort est peine à ma souffrance
J'implore mes morts vieux de composer mon être
et me rêve bâtard défait sans lien sans loi
dans la douceur de ma faim
Mou de cultiver ma peur
j'élis l'aube et me nie
déplorant la voie royale
Mais nul même au départ noble et déjoué
Je vide ma main naïve
à combler l'appel de l'autre rive
Nul Ailleurs, Éd. Grand-Anse.
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François XAVIER - Ecrire amour ...
![]()
Ecrire amour t'écrire enfin pour te dire
Haut le roulis des galets retournés
Paver le fond des océans dans la nuit minérale.
Ecrire diamant sur la vitre
Oublier le charbon son berceau pour dessiner
Mille facettes à l'oreille de ton coeur.
Oui amour t'écrire saigne mon âme
Dans le ravissement des courbes infinies de mon désir.
Les nouveaux poètes français et francophones (Anthologie), Jean-Pierre Huguet Éd.
22:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Guy BACQUIÉ - L’ÉCRITURE
Alors que sa sécheresse nous laisse sur la grève.
Quand elle ne vient pas au bout de la plume,
Elle stagne dans l’encre, et marine.
Ce que va écrire, tout à coup, le stylo
C’est comme une émergence qui vient d’un rêve,
Un rêve du subconscient qui, enfin, s’exhume.
Comment peut-on dire, en écrit : une tartine
Nourriture de notre essence, c’est si bon.
Quand je n’écris pas, comment pourrais-je lire ?
Et pourtant, dans le silence de la composition
Il exulte de moi-même cette louange de lettres
Qui, en file indienne, exprime une mélodie.
Mais quand je n’écris pas, je m’écrie…
Et je sais que l’écriture me fait un clin d’œil
Avec ses yeux en voyelles que j’allie aux consonnes.
Elle regarde et me fait miroiter sa beauté,
Ses pleins et ses déliés finement ciselés
Dans une robe chamarrée de phrases
Femme subtile, volubile qui serpente
De ligne en ligne avec son allure de grammaire
Par tous les temps, elle conjugue avec le persnnel
Le verbe, noms communs et articles divers.
Comment ne pas l’imaginer nue, nous collant à la peau,
Lorsque de nos pores, sans dire, elle nous rend muet
Et béat dans un jardin de textes non écrits.
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Jérôme CADIOU - MON NOM EST CRÉPUSCULE
Sisyphe nocturne, toujours à l’assaut de l’astre diurne.
Tu es bouche et regards, un triptyque d’espoir.
Je suis encre de nuit, effleurant le vélin d’un monde à l’agonie.
La lune et la rose s’enlacent,
Formant une étreinte de sang et de vair.
Perle de rouille, veillant sur l’âme de nos amants de chair.
Je suis chien de cendres et loup de suie.
Tu es Styx de velours s’ouvrant sur la nacre d’un sourire de vie.
Murmures et caresses s’effacent,
Laissant une ultime trace sur leurs chimères fatiguées.
Mais déjà glisse le rideau azur sur une onde au goût salé.
À nouveau enfouir un cri qui depuis trop longtemps suppure.
De feu et de lavande, baiser princier sur un monde endormi.
Ton nom est aube, le mien meurtri.
22:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cynthia CISIOLA - LES FÉES MÈRES
Cassé...
Artifice...
Insignifiant...
Vole dans les cieux...
Un être débile...
Dans un bain de couleurs il retrouve ses pairs ;
De brillants serpents s'élancent dans le ciel noir
Et l'inondent d'un bleu profond comme la mer.
Enivrés, hypnotisés, alourdis de vie,
Les moribonds papillons engloutissent l'air
et les couleurs et les odeurs et tous les bruits.
Chaleur accablante et odeurs saturées ;
Minutes comptées qu'il pleuve ou qu'il vente.
Agonisants éphémères qui meurent
de vie. De viles fées mères apparaissent,
mères de qui ? Mères du temps et de tout et de
rien. L'éphémère de rien du tout, l'éphémère
meurt. Condamné. Condamné à vivre mais
juste assez pour voir que cela ne sert à rien.
22:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.08.2006
Mahmoud DARWICH - JE N’AI ATTENDU PERSONNE
![]()
Je saurai, quoique tu partes avec le vent, comment
Te ramener. Je sais d’où vient ton lointain.
Pars donc ainsi que les souvenirs vers leur puits
Eternel, tu n’y trouveras pas la Sumérienne portant une jarre
Pour l’écho et t’attendant.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Pars donc derrière les flûtes des vieux peuples de la mer et
La caravane du sel dans son périple infini. Et pars,
Ton chant s’échappe de moi, de toi et de mon temps.
Il cherche un nouveau cheval qui fasse danser sa cadence
Libre. Tu ne trouveras pas l’impossible assis t’attendant, comme au jour où
Je t’ai trouvé, où je t’ai enfanté de mon désir.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Et j’irai avec le fleuve d’un destin à
Un autre, car la lune est prête pour te déraciner
De ma lune et sur mes arbres, les paroles dernières sont prêtes
A tomber place du Trocadéro. Retourne-toi
Pour trouver le rêve et pars
Dans n’importe quel orient ou occident qui te lestent encore d’exil
Et m’éloignent d’un pas de mon lit et de l’un
Des ciels de mon âme triste. La fin
Est sœur du commencement. Pars et tu trouveras ce que tu as laissé
Ici, t’attendant. Je ne t’ai pas attendu et je n’ai attendu personne.
Mais je devais, comme toutes les femmes solitaires
Dans leurs nuits, coiffer mes cheveux
Lentement, gérer mes affaires, briser
Sur le marbre, le flacon d’eau de Cologne et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même, l’hiver.
Comme si je lui disais : Réchauffe-moi
Et je te réchaufferai, ô mon épouse, et prends soin de tes mains.
Que leur importe la descente du ciel sur terre
Ou le voyage de la terre au ciel ?
Prends soin de tes mains, qu’elles te portent – tes mains sont tes maîtresses, disait Eluard … – Pars
Je te veux et ne te veux point
Je ne t’ai pas attendu, je n’ai attendu personne
Mais je devais verser le vin
Dans deux coupes brisées et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même en t’attendant !
Le lit de l'étrangère, Actes Sud.
Traduit de l'arabe (Palestine) par Elias SANBAR.
22:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Mahmoud DARWICH - DEUX FAONS JUMEAUX
Au soir, sur les taches de lumière entre tes
Seins, hier et demain s’approchent de moi.
J’ai été créé ainsi qu’il convient au poème d’existe…
La nuit naît sous ta couverture et l’ombre
Est perplexe ici et là-bas,
Entre tes rives et les mots qui nous ont ramenés à leur timbre :
" J’ai posé ma droite sur ta chevelure,
Ma gauche sur les deux faons jumeaux d’une biche
Et nous avons marché vers notre nuit particulière… "
Es-tu réellement là ? Suis-je plutôt
Un amant précédent venu aux nouvelles de son passé ?
Dors sur ton âme paisible entre
Les fleurs des draps. Dors, une main posée sur ma poitrine
Et l’autre sur le duvet qui poussera aux petits
Des mouettes. Dors ainsi qu’il convient au jardin
Alentour, de dormir… Nous nous sommes emplis d’un hier,
Emplis de l’obsession d’une guitare qui n’a pas de lit.
Cette… passion qui déchire les pétales de roses
Epars autour de l’enclos. Dors
Sur ma respiration, souffle second, avant qu’hier
N’ouvre ma fenêtre sur ses deux battants. Je n’ai pas d’oiseau
National ni d’arbres nationaux ni de fleur
Dans le jardin de ton exil. Mais – et mon vin
Voyage comme moi – je partagerai avec toi hier et demain.
Sans toi, sans la bruine qui scintille dans les taches
De lumière entre tes seins, ma langue aurait dévié
De sa féminité. O combien, moi et ta mère la poésie
Et tes deux petits, nous sommeillons sur les faons jumeaux d’une biche !
(…)
Le lit de l'étrangère, Actes Sud.
Traduit de l'arabe (Palestine) par Elias SANBAR.
22:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

