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29.10.2006

RÛMI - Sans toi...

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Sans toi dans mon voyage,
A quoi bon voyager ?


Roumi (RÛMI) , Amour, ta blessure dans mes veines
Calligraphies de Lassaâs METOUI, Éd. JC Lattès.

Louis PISE - LE BOIS DES ADIEUX

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A Philippe Burnot

Bois du regret, bois des adieux,
Ouvre-moi parmi les sapins
Tes labyrinthes de chemins
Silencieux.
Un dernier soleil se consume,
Sur la mousse l'ombre s'allonge.
Enveloppe d'un beau mensonge
Mon amertume.
Quand tout finit, que la lumière
D'arbre en arbre est lente à mourir !
Le soir prolonge un souvenir
Dans la clairière.
Sur moi tes portes vont se clore.
Je quitte les bonheurs trop courts.
Mais dans ta nuit tant de beaux jours
Vivront encore !
Tandis qu'au fond du ciel recule
Ton peuple d'amis frémissant,
Mes rêves pleurent dans le sang
Du crépuscule.

Louis PISE - COULEURS

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L'azur, ni le brûlant décor
De ce village qui s'endort
Dans la lumière,
Ni les cyprès que le vent tord
Ne font la peine moins amère.

Ni des glycines la cascade
Croulant d'une blanche façade
N'apaiserait.
Quand tu poursuis ta promenade
Parmi les ombres, le regret.
Ni la souffrance des iris
Trop bleus, précocement fleuris
Sous la terrasse,
Des vieux espoirs si tôt flétris
Ne saurait effacer la trace,
Au temps où l'arbre de Judée,
Loin, sur la crête dénudée
Qu'orne une croix,
Flambe et reflète, en sa jonchée
Le sang des rêves d'autrefois.

Georges-Emmanuel CLANCIER - Enfants des prés ...

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Enfants des prés et des masures,
Dénicheurs de geais bavards,
Charmeurs d'orvets et de couleuvres,
Enfants des longues nuits où court le loup.
Si vite enrôlés à la peine,
Enfants des usines et des mines,
Bergers perdus, valets de ciel
Au trésor d'ombres et de nuées,
Enfants de la faim
Affamés d'enfance,
Témoins depuis bien longtemps effacés
Qui demandez justice et grâce par ma voix,
Juste la grâce qu'un monde fourbe vous vola.

Mère je te chante avec de simples mots
Toi qui fus simple et grave et qui es morte,
Je chante la bergère de sept ans que tu fus
Perdue dans l'herbe haute de tes rêves,
La servante menue servie par la misère,
L'enfant blessée, naïve et fière,
Si petite, seule dressée
Contre l'énorme vilenie du monde.
O courageuse mère que ni la faim
Ni les peines ni le labeur sans aube
Ne purent vaincre dans sa justice et son amour

Georges-Emmanuel CLANCIER - Seul

A Jean Cassou

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I

La foule aurait guetté ses blessures d'exil,
La foule aurait mûri sa mort en mille attentes,
La foule murmurait au vide : “Voilà l'homme,
Cet homme qui va, qui voit, qui rêve.”

Mais lui veillait à peine en son regard
Et rejetait les chances de son nom.

Docile aux amitiés confuses de ses mains,
De ses pas foulant et créant la nuit,
Il s'égarait - douceur ou plainte sur le monde
En lui, jusqu'au silence d'un enfant perdu.

II

De sa présence les gestes étaient tombés,
Les sourires, les marbres violés de la joie.
Lourdes, avec le feu et la rumeur
De chevelures soudain défaites,
Les paroles, toutes les paroles des hommes
Étaient tombées, brûlées au reflet de son cœur.

Il était enfin la voix,
La vie, mais plus phosphorescente,
Le passage, mais encore le miracle,
D'un enfant qui rêvait, qui reprenait
- par delà quel seuil usé de labyrinthe! -
Heure après heure, ombre après ombre,
Le jeu de patience du monde.

III

Ils auraient haleté : “Quel homme es-tu?”
Ils secouaient le piège béant de leur peur.
Ils n'étaient pour lui que poussière avide,
Qu'une écume, au bord de la nuit, abattue.
Et leur foule comme une fleur se déchirait
Et crissait devant le vol de son visage.

IV

Quels peuples, quelles étoiles
Avec un sourd déroulement
Venaient hurler, et frôlaient
Le duvet clair de son oreille,
Sans plus l'éveiller que le vent!
Et pour son éternité,
Pour son moment d'adieu,

Sa seconde d'homme apaisé,
Pour ces quelques pas dans la gloire
D'une enfance rejaillie,
En vain les souvenirs, et des amours
Rouges, riches, pleins déjà
À dégorger la musique du remords,
En vain les processions fardées
De la vie, avec leurs longues mains
Mortes
Cognaient à sa peau.


V

Lui s'en allait.
Il portait à ses doigts une lueur,
À ses lèvres une soif douce,
L'une brillait très loin sur un secret,
L'autre rendait toute chose
Pesante et pleine comme un fruit.


D'Un ciel - Le Paysan Céleste, Éd. Gallimard.

28.10.2006

Omar KHAYÂM - Quatrain LI

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Je ne suis pas homme à craindre le non-être,
Cette moitié de destin me plaît mieux que l'autre moitié
C'est une vie qui me fut prêtée par Dieu;
Je la rendrai quand il faudra la rendre.

Quatrains, Éd. Mille et une nuits.

Antonio MACHADO - J'ai connu...

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J'ai connu beaucoup de chemins,
j'ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j'ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l'ombre noire

et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre. . .

Et partout j'ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d'une vieille mule ;

ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c'est jour de fête.
S'il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l'eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d'autres
reposent sous la terre.

Louis MACNIECE - Prière avant de naître

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Je ne suis pas né encore; ô écoutez-moi.
Ne laissez pas le vampire suceur de sang ni le rat ni l'hermine ou la
goule au pied bot s'approcher de moi.

Je ne suis pas né encore, ô consolez-moi.
J'ai peur que la race de l'homme ne m'emmure de hauts murs,
me dope de drogues dures, me trompe avec songes et mensonges,
me torture sur de sombres chevalets, me roule en bain de sang.

Je ne suis pas né encore; donnez-moi
De l'eau pour me bercer, de l'herbe qui pousse pour moi, des arbres qui me
parlent, un ciel qui chante pour moi, des oiseaux, et une lumière blanche
au fond de ma conscience pour me guider.

Je ne suis pas né encore; pardonnez-moi
Pour les péchés qu'en moi le monde commettra, mes mots
lorsqu'ils me parleront, mes pensées lorsqu'elles me penseront,
ma trahison engendrée par des traîtres au-delà de moi,
ma vie lorsqu'on tuera par mes
mains, ma mort lorsqu'on me vivra.

Je ne suis pas né encore; faites-moi répéter
Les rôles que je dois jouer, les répliques à dire si
les vieillards me tutoient, si les bureaucrates me rudoient, si les montagnes
me repoussent, les amants rient de moi, les blanches
vagues me tirent vers la folie, si le désert me montre
mon destin et le mendiant refuse
mon aumône et mes enfants me maudissent.

Je ne suis pas né encore; ô écoutez-moi,
Ne laissez pas l'homme qui est une bête ou qui pense être Dieu
s'approcher de moi.

Je ne suis pas né encore; ô emplissez-moi
De force contre ceux qui voudrait geler mon
humanité, faire de moi une machine létale,
faire de moi un rouage dans l'engrenage, une chose avec un
visage, une chose, et contre tous ceux
qui voudrait dissiper mon intégrité, voudraient
me disperser comme un duvet de fleur ici et
là, ou bien ici et là comme,
l'eau retenue dans les
mains me répandre.

Ne les laissez pas me pétrifier ni me répandre.
Ou alors tuez-moi.

Jacques PRÉVERT - Embrasse-moi

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C'était dans un quartier de la ville lumière
Où il fait toujours noir où il n'y a jamais d'air
Et l'hiver comme l'été là c'est toujours l'hiver
Elle était dans l'escalier
Lui à côté d'elle elle à côté de lui
C'était la nuit
Ça sentait le souffre
Car on avait tué des punaises dans l'après-midi
Et elle lui disait
Ici il fait noir
Il n'y a pas d'air
L'hiver comme l'été c'est toujours l'hiver
Le soleil du bon dieu ne brill' pas de notr' côté
Il a bien trop à faire dans les riches quartiers
Serre-moi dans tes bras
Embrasse-moi
Embrasse-moi longtemps
Embrasse-moi
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Ici on crèv' de tout
De chaud et de froid
On gèle on étouffe
On n'a pas d'air
Si tu cessais de m'embrasser
Il me semble que j'mourais étouffée
T'as quinze ans j'en ai quinze
A nous deux on a trente
A trente ans on n'est plus des enfants
On a bien l'âge de travailler
On a bien celui de s'embrasser
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Embrasse-moi !

La poésie ? par Jean COCTEAU

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La poésie est une religion sans espoir.

Journal d'un inconnu , Éd. Grasset.

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