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30.11.2006
Béatrice LIBERT - T'ai-je dis que...
dessiné, mimé, murmuré ? T’ai-je baigné de cet amour ?
T’ai-je couché dans cet amour ? T’ai-je porté plus haut
que cet amour, vers un ciel que rien n’atteint, si ce n’est
notre joie d’être au monde ? Ai-je allégé le poids de tes
tourments ? Ai-je doublé tes fureurs de la laine de mes
caresses ? T’ai-je donné plus que je n’avais ?
Ai-je ouvert toutes les digues de l’amour ?
Être au monde, Clepsydre – Éd. De la Différence.
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Béatrice LIBERT - Il faut me croire...
Il faut me croire si je vous dis que
perdre n’a pas de sens mais que tout gagne
comme fleuves la mer
Il faut me croire si je vous dit que
taire est un vain mot alors que tout parle
comme rives sans voix et voix sans visage
Il faut me croire quand je vous dit que
questionner est sans réponse alors que tout exige
signe ordonnance et raison d’être
comme porte est passage si je le puis
si je le veux
Il faut me croire si je vous dis que
pouvoir est vanité alors que tout
en nous est chute
comme grains de sable dans l’encolure de l’étau
Être au monde, Clepsydre – Éd. De la Différence.
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Béatrice LIBERT - Je retiens parfois des mots…
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Je retiens parfois des mots étranges
dans ma gorge, des mots mal équarris,
mal réveilles, des mots de nuits
blanches, sans masque à oxygène
ni gilet pare-balles.
À peine prononcés, ils sombrent
en pleine mer, sans bouée de secours.
Quelquefois, ils ont la vie sauve
grâce à l’île perdue d’un poème.
Être au monde, Clepsydre – Éd. De la Différence.
21:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Béatrice LIBERT - Comme...
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Comme une flamme
j'aboutis à la cendre
miroir éteint de ce qui fut
Il pleut de l'anonyme en nous.
Le bonheur inconsolé, Éd. L'Arbre à paroles.
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Béatrice LIBERT - J'aime écrire des mots...
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J’aime t’écrire des mots
presque vides
pour que tu les remplisses
d’une force irrépressible
la tienne
celle qu’enfant tu semais
pour parfaire ta vie d’homme
Être au monde, Coll. Clepsydre - Éd. La Différence.
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Béatrice LIBERT - Profanation
Ils ont fissuré le ciel
Ils ont chiffonné les marais
émasculé les arbres
décalcifié les falaises
Ils ont assoiffé les rivières
empoisonné les puits
où la joie venait boire
Ils ont tordu les vents
plié sa rose au fer
de leurs quatre volontés
Ils ont pendu la parole
au gibet de l’imposture
éventré le silence
entre deux haies d’oiseaux
Ils ont dépecé les songes
et pillé le temple de la fragilité
Nous demeurent nos mains
pour mûrir dans le noir
le cri de la résurrection
Être au monde, Coll. Clepsydre - Éd. La Différence.
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Jean JOUBERT - La poésie c'est comme...
et c'est toujours septembre
sur les vergers de la parole :
soleil serré, suc de la terre,
saveur d'enfance.
Dans le bonheur des mots,
amour,
je te mange.
La maison du poète, Pluie d'Etoiles Editions.
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Marc BARON - La rose...
La rose que tu as cueillie
Pose-la entre les pages
De ton livre de géographie
Comme un soleil entre deux pluies
Comme un espoir entre deux guerres
Comme un cœur dans un désert de sable
Comme un soleil entre deux pluies, Pluie d'Etoiles Éditions.
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Christian BACHELIN - Dernier cri
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J’écris ce poème avec de la fumée
Avec du sable avec de l’ombre
Mes mains s’enfoncent dans la neige
Sans jamais rencontrer la terre
Mais tout à coup le vent disperse la poussière
La poussière du poème
Tout à coup un cheval couronne de sa mort
Le royaume ébloui que me prête l’hiver
Tout à coup un rose éclate les ténèbres
Tout à coup un poisson ruisselle sur la table
Tout à coup un oiseau traverse la fenêtre
Et la maison s’effondre en gerbe de cristal
Il reste le cri nu de la réalité
Le cri pulvérisé de l’œuf en train d’éclore
Le cri rouge du rat encerclé par le feu
La nudité de l’os quand retombe la cendre
L’évidence du roc de la dent arrachée
Ce qui vibre immobile et se tord de fureur
La clarté sans issue où gravite la mer
La terreur du granit que le gel assassine
Les objets à pétrir comme un pain de famine
Le présent à saisir dans son flagrant délit
Neige exterminatrice, Éd. Le Temps qu'il fait.
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18.11.2006
Robert DESNOS - Mi-route
Il y a un moment précis dans le temps
Où l'homme atteint le milieu exact de sa vie,
Un fragment de seconde,
Une fugitive parcelle de temps plus rapide qu'un regard,
Plus rapide que le sommet des pâmoisons amoureuses,
Plus rapide que la lumière.
Et l'homme est sensible à ce moment.
De longues avenues entre des frondaisons
S'allonge vers la tour où sommeille une dame
Dont la beauté résiste aux baisers, aux saisons,
Comme une étoile au vent, comme un rocher aux lames.
Un bateau frémissant s'enfonce et gueule.
Au sommet d'un arbre claque un drapeau.
Une femme bien peignée, mais dont les bas tombent sur les souliers
Apparaît au coin d'une rue,
Exaltée, frémissante,
Protégeant de sa main une lampe surannée qui fume.
Et encore un débardeur ivre chante au coin d'un pont,
Et encore une amante mord les lèvres de son amant,
Et encore un pétale de rose tombe sur un lit vide,
Et encore trois pendules sonnent la même heure
A quelques minutes d'intervalle,
Et encore un homme qui passe dans une rue se retourne
Parce-que l'on a crié son prénom,
Mais ce n'est pas lui que cette femme appelle,
Et encore un ministre en grande tenue,
Désagréablement gêné par le pan de sa chemise coincé entre son pantalon et son caleçon,
Inaugure un orphelinat,
Et encore d'un camion lancé à toute vitesse
Dans les rues vides de la nuit
Tombe une tomate merveilleuse qui roule dans le ruisseau
Et qui sera balayée plus tard,
Et encore un incendie s'allume au sixième étage d'une maison
Qui flambe au cœur de la ville silencieuse et indifférente,
Et encore un homme entend une chanson
Oubliée depuis longtemps, et l'oubliera de nouveau,
Et encore maintes choses,
Maintes autres choses que l'homme voit à l'instant précis du milieu de sa vie,
Maintes autres choses se déroulent longuement dans le plus court des courts instants de la terre.
Il pressent le mystère de cette seconde, de ce fragment de seconde,
Mais il dit "Chassons ces idées noires",
Et il chasse ces idées noires.
Et que pourrait-il dire,
Et que pourrait-il faire
De mieux.
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