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31.03.2007

Rainer Maria RILKE - Chemins de la vie...

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Illustration : Daniel Joux



Chemins de la vie. Et soudain ce sont des envolées,
nous voici enlevés au-dessus de la terre ardue ;
nous qui sommes encore à pleurer la cruche cassée,
la source à l’instant nous jaillit dans la main la plus vide.

Boire, simplement au concave endroit familier
dans lequel le destin, secrètement bifurque.
Dis-toi : « C’est moi. » Et nulle part n’en étant responsable,
tout restait clair, chaque fois qu’au-dessus je me penchais.


Vois j’apparais avec éclat dans mes mains consentantes
et plus profond mon ombre tombe disparaît.
Non pour ne plus m’être présente, oubli à la légère,
mais pour être une avec la terre !


Pour une inconnue, Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.


http://www.poesie.net

http://art.la-passerelle.net/art_pages/daniel_joux/les__chemins_de_la_vie.htm

Thierry METZ - J’ai toujours su que...

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J’ai toujours su que tu parlais du soleil et
des nuages qui sont en nous, que ta voix se
mêlait au jardin. J’ai toujours trouvé un oiseau
chanteur sur ton épaule.
Et là où tu étais toujours il y avait de l’encre.

Lettres à la bien-aimée, L’Arpenteur Éd.

Antoine EMAZ - ce qui s'en va...

ce qui s'en va
c'est la mémoire du proche
le reste bouge
plus ou moins en désordre l'ancien
revient sur le devant
pour plus grand monde

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lentement ça s'est tu
on n'a pas vu
dans le temps s'en aller tant
jusqu'à cette tête aux prises
avec son lot d'images

on cherche à tisser cette parole
elle n'y tient plus
comme une histoire trop fine
au bout du compte seule
à se savoir ou essayer
d'être encore partie
liée à une vie
qui part

RAS, Éd. Tarabuste.

Mireille FARGIER-CARUSO - Écrire...

Écrire toute la gravité
des visages
le monde en courbe
les regards bâillonnés
douleur intraduisible

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semer quelques minutes
dans des mots en relief
cercler tout près
l'impossible douceur de vivre

au bas des pages
le désarroi

Raymond QUENEAU - Ce n'était pas un vagabond...

À Denis, mon frère

Ce n'était pas un vagabond

Ira-t-il plus loin que le bout du chemin ?
Si le chemin a ce bout c'est qu'on ne peut aller plus
loin
et pourtant il s'avance sans se douter que ce chemin a un
bout
il avance comme s'il croyait qu'il pourrait aller loin très
loin

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c'est le pas de l'homme qui sait marcher pendant des
jours et des jours
c'est le pas de l'homme que n'arrête pas la nuit que
n'arrête pas l'orage
son image diminue il est maintenant arrivé au bout du
chemin
au bout du chemin il y a une petite maison
c'est là qu'il entre pour manger sa soupe et mettre ses
pieds devant le feu
l'homme qui marchait si vaillamment, mais non pour
aller plus loin


Courir les rues Battre la campagne Fendre les flots, Poésie/Gallimard.

Anne PERRIER - Par les fentes de l'éternité...

Par les fentes de l'éternité
Nous parlerons ensemble
Cherchant nos souffles
Peu à peu laissant nos voix
Se réaccorder

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Toi ciel moi terre
Nous parlerons longtemps longtemps
Jusqu’à ce que l’été
Nous couvre de volubilis

Poésie 1960-1986, L’Âge d’Homme.

Olivier BARBARANT - Il n’y a plus de paille ...

Il n’y a plus de paille dans l’étable espérance

De grosses guêpes de métal on craint l’ivresse d’un vol fou
Parce qu’à force de cadavres les roses de la mi-septembre
Ont connu d’étranges couleurs
Pour ne rien dire d’un parfum de chair grillée sous la piqûre des électrodes
Et vrai ! c’est étonnant comme les bruits des bottes
Résonnent au cerveau des pauvres en prison

Le goût perdu de l’avenir il a fallu depuis l’enfance replier les drapeaux
Pour se crisper sur d’autres songes
L’Art arborant sa majuscule alors postulerait au panthéon
On aurait avec un plongeoir pour les cieux
Et des dieux nouveaux surgis des coulisses
Ou bien au bout du vers le monde ouvert où la lumière brillerait

Mais quand bien même on sentirait cette secousse de syntaxe
Ce presque rien depuis les mots qui se déplie et puis scintille
Le bonheur soudain de mâcher une image comme une menthe
Nul n’a jamais vaincu vraiment la nuit
Ni quelque belle que fût la pièce
Le sang toujours du dénouement

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L’espoir alors ? Autant chercher un brin de foin
Dans une meule d’aiguilles

(Reste l’espoir de parler juste
Avec la langue en nous debout).

Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, Gallimard.

Jean-Marie BARNAUD - Aux joyeux harponneurs

Tout rouge des brumes
de demain
le soleil colporteur
pose derrière les toits et la courbe
du fleuve noir
son sac
et la moisson du jour en charpie

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De ce côté-ci des fenêtres
dociles sous les volets roulants
on voit les mains se tendre
ces pleureuses
vers la nuit des écrans
et la mort à mâcher la mort
aux mille visages

Qui parmi nous jouant des coudes
et dansant et riant
criant son déni aux adieux
à la mort consentie
harponnera ce sac
ses mensonges sa bêtise froide
ses tendresses ses douceurs sans armes
et le tiendra depuis l’ombre
tendu vers la lumière
dont chaque matin recoud les lambeaux

Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, Gallimard.

Tahar BEN JELLOUN - Talipot

Pour Issa et Sarojini

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Ne me demandez plus si je suis Français, Marocain ou talipot
Je ne serai pas centenaire pour fleurir dans le parc Pamplemousse
Ne me demandez plus pourquoi je n’écris pas en arabe ni comment suis-je devenu un palmier
Plus haut que les autres dans une île où les nuages embellissent les montagnes
Je suis et serai le même arbre inquiet aux fruits amers
J’ai cru que l’île me ramènerait à la maison
On m’a dit qu’elle me donnerait l’enfance et l’oubli
Jusqu’à laver la peau et la mémoire
Comment vous dire l’amitié brûlée et l’œil abusé ?
Ne me réclamez plus la soudure fraternelle
Car des remparts se sont écroulés et ma demeure est fragile
J’ai longtemps observé un talipot
Sec et digne
Grand et humble
Ce n’est pas un palmier mais une statue aux racines fines
Je ne serai jamais cette plante que frôlent les nues
Inébranlable
Ni ce moineau au nez jaune qui sautille sur les nénuphars immenses
Alors où est ma liberté, moi l’homme au double fardeau ?
Pourquoi écrirai-je sur la solitude des pierres et des cœurs désertés ?
Que dirai-je à ma mère qui pleure mon absence alors que je suis à son chevet ?
Je lui dirai l’île et ses montagnes vertes
Je lui raconterai l’histoire du Morne Brabant et des esclaves qui se jetaient de son sommet
Je dessinerai des visages de toutes les couleurs et des sourires naturels
Je lui dirai : j’ai été là, loin de la maison, pour oublier et guérir la trahison
Pour gagner l’espoir des platanes et la confiance des oiseaux
Pourquoi avoir fait le pèlerinage des épices et des chants mêlés ?
Il a fallu marcher pieds nus sur la terre de Maurice
Pour laver la souillure
Sur cette terre j’ai l’ombre légère
Mes pensées ne butent plus contre la paroi de la colère
Je regarde l’Océan Indien et j’entends le vent me dire
Ce n’est que la poussière grise de la vie, ne t’arrête pas devant des rats mourants, va, marche
Sur la pierre, regarde l’horizon, sens les parfums de l’île, ne te retourne pas, avale les mots d’amertume,
Tu es talipot, haut dans le ciel
Alors je suis allé à Chamarelle et j’ai ouvert les yeux
Toute cette végétation pour mon désir
Pour m’emplir d’espoir et d’ivresse
Je suis allé dans le domaine du chasseur face à la montagne du Lion
Et j’ai vu la mer, une mousseline de lumière scintillante.
J’ai vu le soleil se pencher sur la chevelure touffue des forêts
Et des femmes endormies.

Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, Gallimard.

Jamel Eddine BENCHEIKH - No Pasaran

Par les grillages de l’attente
Je laisse l’espoir à la mer
Egrener ses ombres mouvantes

Mon regard lèche la torsade
Du fer forgé envoluté
La brise arrondit sa chamade

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Poète Rassemble le monde
Brode la dentelle des marées
Et calligraphie sur leur onde

L’annonciation démiurgique
Qui vibre au chant désespéré
Jailli de ta lèvre magique

Tisse et fais renaître le songe
Où être heureux nous voudra dire
Que nous chasserons le mensonge

Malgré la honte et les carnages
Le cœur léger sous la nuée
Nous survivrons en tes mirages

Qui offrent leur parfum de menthe
Sous la volute enamourée
Face à la mer qui invente

Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, Éd. Gallimard.

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