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30.04.2007

Halina POSWIATOWSKA - La passion c'est ...

medium_lèvres_closes.jpgla passion c'est ce que
le violon chantait
enfermé dans sa boîte obscure
étouffante
comme la nuit
- marqué par les ongles des étoiles
à l'intérieur d'une coquille de lumière
elle vit
dans tes mots de grenade douce
elle a un parfum de pêche
de soleil
capturé dans le vert filet de l'arbre
elle est mûre
penché au-dessus de l'herbe brûlée par le soleil
lourde
prête à tomber dans mes mains ouvertes
et moi - en une langue étrangère
j'enseigne aux lèvres fermées
ce mot étroit comme la mort -
amour

Halina POSWIATOWSKA - Tu demandes...

medium_desert_coeur.jpgtu demandes - que portent
les chameaux dans leurs bâts
ils portent mon coeur
à travers le désert

quand tu m'as quittée
je suis restée seule
sous le soleil jaune

la terre est sèche
et les coeurs des hommes sont vides
la source de tendresse
est tarie pour moi

parfois je te vois
mais de mes mains tendues
je ne touche que
la pensée que j'ai de toi

tu demandes - que portent
les chameaux dans leurs bâts
ils portent mon coeur
à travers le désert

Halina POSWIATOWSKA - Depuis que je te connais...

medium_rode_lippen.jpg
Depuis que je te connais je garde
dans ma poche un bâton de rouge,
c'est bête de se promener avec un bâton
de rouge dans sa poche, tandis que
tu me regardes gravement comme si
dans mes yeux tu voulais une cathédrale
gothique. Quant à moi je ne suis pas
un temple, rien qu'une forêt, une prairie
- des feuilles qui frémissent qui volent
à la rencontre de tes mains. Là, derrière,
le ruisseau chante, c'est le temps
qui s'enfuit, et tu laisses couler entre
tes doigts,tu ne veux pas saisir le temps.
Et quand je te dis au-revoir mes lèvres
peintes n'ont pas été touchées
et moi je garde quand même mon bâton
de rouge dans ma poche depuis que
je sais que ta bouche est très belle

SCHILLER - N'as-tu...

medium_joie_visage04.jpgN'as-tu jamais vu la beauté
dans l'instant de la passion
Tu n'as jamais vu la beauté.
N'as-tu jamais vu la joie
sur un beau visage
Tu n'as jamais vu la joie.

Olga SEDAKOVA - L'étang dit...

medium_mains_genoux.jpgL’étang dit :
si j’avais des mains et une voix
comme je t’aimerais, comme je te choierais.
Les hommes, sais-tu, sont avides et toujours malades
et déchirent les habits d’autrui
pour s’en faire des bandages.
Mais moi je n’ai besoin de rien :
car la tendresse est guérison.
Je t’aurais mis les mains sur les genoux,
comme un petit animal domestique,
et je serais descendu d’en haut,
de ma voix, comme le ciel.

Le voyage en Chine et autres poèmes, Éd. Caractères, coll. Planète.

Pablo NERUDA - Si...

medium_Henri_Martin_Margelle.jpg
Si chaque jour
tombe dans chaque nuit
il existe un puits
où la clarté se trouve enclose.

Il faut s'asseoir sur la margelle
du puits de l'ombre
pour y pêcher avec patience
la lumière qui s'y perdit.



La rose détachée, Poésie/Gallimard.

29.04.2007

Théophile GAUTIER – Ceux qui n’ont pas vu…

medium_desert021.jpg
Ceux qui n'ont pas vu l'Orient ne peuvent pas comprendre
la beauté de la terre lorsqu'elle n'est pas souillée par la végétation.
On ne saurait imaginer les tons d'or pâle, de lapis, d'améthyste,
de perle, de nacre, de rose que prend notre globe
lorsque le baiser du soleil fait frissonner sa peau nue. [...]
... et l'on est fier d'être emporté vers l'infini
par cette sphère magnifique.
Aussi notre idéal est-il [...] un ciel sans nuage
sur le désert sans ombre ! Le désert!

Théodore MONOD – Ici, comme là…

medium_desert010.jpgIci, comme là, vivre c'est avancer sans cesse,
à travers un décor à la fois immuable et changeant,
identique à l’œil et que l'on ne saurait différent
sans le témoignage du sextant,
de la montre et de la boussole,
s'aventurer comme à tâtons sous les plus éclatants soleils,
savourer l'amertume de se sentir, en pleine marche,
prisonnier d'un espace pourtant sans barreaux [...]
Il n'y a rien d'accablant comme de voir déjà,
de l'endroit que l'on quitte, celui qu'on atteindra
le soir ou le lendemain.
Sans rien entre.

Jean-Marc DUROU – Désormais…

medium_Desert020.jpgDésormais, la vraie magie du désert
n'est plus celle de l'inconnu
mais celle de l'illusion créée
par le vent et le sable
qui renouvellent sans cesse son modelé,
effacent les traces
et donnent l'impression au voyageur
d'être toujours
le premier.

Edmond JABÈS – Quand on a connu…

medium_desert01.jpg
Quand on a connu le désert,
on lui reste à jamais redevable
d'une épreuve bénéfique,
celle qui vous enjoint d'oublier.
Le silence du désert vous dépouille.
Par-là, vous devenez vous-même.
C'est-à-dire rien.
Mais un rien qui écoute.

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