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27.05.2007
Paul ELUARD - Même quand ...
Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous.
Paul ÉLUARD - Ma morte vivante
Dans mon chagrin rien n'est en mouvement
J'attends personne ne viendra
Ni de jour ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même
Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance ils perdent leur lumière
Ma bouche s'est séparée de ta bouche
Ma bouche s'est séparée du plaisir
Et du sens de l'amour et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n'avanceront plus il n'y a plus de routes
Ils ne connaîtront plus mon poids ni le repos
Il m'est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j'ai crue infinie.
Et l'avenir mon seul espoir c'est mon tombeau
Pareil au tien cerné d'un monde indifférent
J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
Pascale GISSELBRECHT - Quand je raconte
il se pelotonne contre moi
se blottit entre mes bras et écoute,
attentif, en regardant les mots
des mots qu’il n’interprète qu’à travers moi
et je deviens soudain magicienne
faisant naître l’histoire au fil des lignes
ses grands yeux impatients s’émerveillent
ou s’amusent au son de ma voix
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le livre d’images devient vivant
il penche la tête sur le côté,
sa petite main posée sur la mienne
« raconte-moi encore l’histoire »…
Pascale GISSELBRECHT - Écriture
ligne un
j'écris ton prénom en majuscule,
taisez-vous
les oiseaux !
je n'entends pas ma voix
ligne deux
mes doigts arrachent un mot
j'en avais oublié quelques-uns
en fioritures sur la ligne d'avant
j'écris "je t'aime"
car cela suffit à tout dire
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ligne trois
sifflement à l'horizon
c'est le train de 0h23
il file sans s'arrêter d'habitude
je le dessine, ligne trois
ligne quatre
j'écris tes yeux qui me regardent
quand tu ne me comprends pas
ligne cinq
pourquoi en rajouter encore
puisque jour après jour
je les construis un peu plus loin
Pascale GISSELBRECHT - Je suis
Je suis
sable léger et dune mouvante
pluie d’été et averse folle
enfant apeurée et tigresse rugissante
couteau qui blesse et baume qui apaise
fleur qui éclot et tornade qui déboise
Je suis
table accueillante et lit défait
flamme qui éclaire et voile qui tamise
sourire innocent et morsure cruelle
Je suis
larmes, éclat de rire, amour et crainte
foule endiablée et désert de solitude
je suis femme.
Jean-Charles BOLARD - UNE ÉPOQUE INUTILE
Il se battait encore
Avec tout l’univers
Une époque d’adultère
Noyée sous les corps
Le poète désenchanté
Prenait une dernière route
Terroriste humanité
À pleurer le doute
Le poète
L’humanité
Regards rivés aux écrans
En un saut par les montagnes
Encore une bombe
Le poète
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Il venait revenait
Des couleurs et du parfum
Des regards qui embaumaient
S’il en reste quelques-uns
Les portes fermées aux ciels
Ouvraient leurs âmes aux missiles
Des serrures magiciennes
Le sang des larmes dans les cils
Un poète
Le haut des cimes
La troupe près des villes
La bourse l’école le cours des armes
Encore un cri ultime
Le poète
Les mots du poète ici bas
Usés contre les murs
Sa main avance pas à pas
Tâtonne sous la torture
Sur une corde tendue
Le poète se détend la plume
À braver les malentendus
Le poète pleure le poète fume
Le temps presse et se hâte
La faiblesse importune
Le taux de sang pirate
Le sens caché dans les runes
Un poète
Des rues une ville
À la lueur du futile
L’art disparu des jours étranges
Encore une fois s’il vous plaît
Le poète
L’idée insensible aux heures
Majestueux départ à la nuit
À la poursuite du surfeur
L’inutile s’est enfui
Des mots surgissent autour
Aux doigts brûlés du poète
L’ancien carnaval des jours
L’arrière goût de la fête
À brûler sa part des os
Une valse consommatrice
Un voyage pour le cosmos
Dans l’instable ou dans le fixe
Un outil au bout des sens
À créer sur des ruines
Le poète et ses absences
L’ignorance de l’abîme
Les âges n’ont plus le mental
Ils écroulent chaque seconde
À chercher où ça fait mal
L’hérésie des mauvaises ondes
Le temps s’en va court et revient
Un taxi cherche sa route
Hé poète où est le bien
À l’amiable ou dans le doute
Amicalement perçue du nord
L’honorable couleur des idées
Guidera certains au port
Avantageuse cécité
Des corps qui se regardent
Des monticules de baise
Qui rêvent dans les lézardes
Des corps et des diocèses
Un poète
Des rues une ville
À la lueur du futile
L’humanité
Regards rivés aux écrans
Le haut des cimes
La troupe près des villes
Un saut par les montagnes
La bourse l’école le cours des armes
L’art disparu des jours étranges
Encore une bombe
Encore un cri ultime
Encore une fois s’il vous plaît
Le poète
Le poète
René-Jean BONNENFANT - QUAERENS TE
Je cherche au long des longues heures
En ma demeure
En nuit d’angoisse où je m’ennuie
La froide pluie
Mon front se glace au mur humide
Et mon cœur vide
Ne sait plus battre au rythme humain
Des lendemains
Je cherche en veille tout l’espoir
De te revoir
Et pour moi tombe la lumière
Heure dernière
Diptyque. Mur de poésie de Tours, 2004.
Stephen BLANCHARD - Je ne suis d'aucune race...
Je ne suis d’aucune
Race
ni même d’aucune
chapelle
j’ai des angoisses
au ventre
et je reste songeur
face aux cris muets
des peuples en colère
et aux pitiés du monde
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à bâbord de mon âme
je rêve encore
aux fées de mon enfance
à Morgane, à Mélusine
et aux chagrins d’amour
de ces feuilles mortes
en quête de hasard
mais je n’ai pas
la cuirasse
des bien-nés
ni la rage du sang
et du sexe
pour me plier
aux simples solitudes
de l’homme
je vis en porte-à-faux
en bon apôtre
sur les meules du temps
et je parle d’amitié
à qui veut bien m’entendre
car je me suis trop habitué
aux veillées des larmes
aux mortes saisons
et j’ai parfois le
désenchantement
de ces jours ombreux
où le poète doit briser
seul
le silence des choses.
Eugène BIZEAU - PAUVRETÉ
Ah ! que le monde est pauvre en sages
Pour que le sabre y soit un dieu,
Devant la beauté du ciel bleu
Et la splendeur des paysages !
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La cruauté des premiers âges
Replonge en nous son dur épieu ;
Ah ! que le monde est pauvre en sages
Pour que le sabre y soit un dieu.
Plus criminels que des sauvages,
Nous portons la guerre en tout lieu ;
Et le penseur qui s’en émeut
Est un fou qu’il faut mettre en cage…
Ah ! que le monde est pauvre en sages !
Les sanglots étouffés, auto-édition.
Françoise URBAN-MENNINGER - longs après-midi
longs après-midi de lumière
dans l'air bleu sans paupière
où le temps entre les cils![]()
distille sa fragrance subtile
l'âme joue à la marelle
sur les damiers du ciel
que les premières hirondelles
faufilent à tire-d’aile
l'enfance traverse ce miroir
pour soulever sous la moire
la peau vive de sa mémoire
au parfum de rose noire
mais la mort en silence
dans le poème s'avance
et dans la dernière rime
rit et s'incline
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