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16.06.2007

Giovanni RABONI - CHANSONNETTES MORTELLES

1.

Moi qui ai toujours vénéré les dépouilles du futur,
du futur seulement, de rien d'autre
je n'ai la nostalgie quelquefois,
je me rappelle à présent avec effroi
quand sous mes caresses tu cesseras de t'inonder,
quand tu seras séparée
de mon plaisir et que peut-être, beauté
d'avoir été tant aimée, douceur
de m'avoir aimé,
tu feras malgré tout semblant de jouir.

2.

Les fois où c'est avec rage
que dans ton ventre je vais cherchant ma joie
c'est parce que, mon amour, je sais que le temps
n'aura plus guère le temps
de couler équitablement pour nous deux
et qu'en rêve seulement ou si avant
je me jette à bas de la course du temps
je puis faire qu'un jour tu ne veuilles
croire en l'amour d'un autre amour.

3.

Un jour ou l'autre je vais te quitter, un jour
après l'autre je vais te quitter, mon âme.
Jalousie de vieillard, peur
de te perdre - ou parce que
j'aurai cessé de vivre, voilà tout.
Mais je reste immobile, dans l'attente,
comme reste immobile une branche
où se tient immobile un moineau, je m'enchante…

4.

Pas cette fois, pas encore.
Quand nous glissons de nos bras
ce n'est que pour chercher une autre étreinte,
celle du sommeil, de la paix - et il faut,
comme si c'était pour toujours,
veiller à ce que l'épaule se repose,
prendre garde à tes cheveux.

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5.

Il vaut mieux que tu ne saches pas
sur quelles prières je m'endors, marmonnant
quels mots
dans le quart muet de la gorge
pour qu'une fois encore l'avide
sommeil divinateur ne m'équarrisse.

6.

Le cœur qui ne dort pas
dit au cœur qui dort : effraie-toi.
Mais moi je ne suis pas mon cœur, je n'écoute
ni ne prédis mon destin, je sais bien que te manquer,
ne pas te perdre, fut le dernier malheur.

7.

Tu bouges dans ton sommeil. Ne te retourne pas,
ne me regarde pas de près, sans lumière !
Œil pour œil, mot pour mot,
je repasse le rôle qu'est la vie.

8.

Je me demande si j'aurai le courage
de me taire, de sourire, de te regarder
qui me regarderas mourir.

9.

Je ne demande que ceci : pour toi, bien que
tu me sois chère, être à jamais léger.

10.

Tu te tournes dans ton sommeil, dans un rêve, à la faible
lumière.


À prix de sang, Éd. Gallimard.

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