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21.07.2007
Michel CAMUS - S'ouvrir...
S’ouvrir et attendre que s’écrive
non pas un poème,
mais ce qui traverse et dépasse
l’homme troué
qui n’est pas quelqu’un,
mais une goutte de lumière,
un grain de silence,
un noyau fermé sur soi
de transpoésie inconnue :
quelque chose d’infiniment ouvert
seulement vers l’intérieur,
quelque chose d’abyssal à quoi
grâce à sa lumineuse ignorance
il se sent radicalement relié.
L’arbre de vie du vide.
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Jean-Baptiste CHASSIGNET - Conte les ans...
Conte les ans, les mois, les heures et les jours
Et les points de ta vie, et me dis, malhabile,
Où ils s'en sont allés : comme l'ombre fragile
Ils se sont écoulés sans espoir de retour.
Nous mourons et nos jours roulent d'un vite cours
L'un l'autre se poussant comme l'onde labile
Qui ne retourne point, mais sa course mobile
D'une même roideur précipite toujours.
Toujours le temps s'enfuit et n'est point réparable
Quand il est dépensé en oeuvre dommageable,
L'usant et consumant en travail superflu.
Nos jours ne sont sinon qu'une petite espace
Qui vole comme vent, un messager qui passe
Pour sa commission et ne retourne plus.
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Abdelmadjid KAOUAH - Aïcha
Un bouquet d’arômes de sirops et d’épices
Envolés sur le nuage de l’usure
Des mâchoires fatiguées lasses
De mordre à l’ordre des jours
Pourtant belles sont encore les senteurs
Une confiture qui s’échappe de la mémoire
La mère accroupie dans la cuisine
L’orange forte dans une main
La râpe dans l’autre dans un combat à deux
Tandis que le sucre comme une vierge farouche
Se débat et se donne en mille replis secrets
Dans le chaudron à malice
C’est ainsi que la mère traçait les frontières
Des saisons d’un fruit à l’autre
Quand le marché s’ouvrait enfin aux humbles
Coings abricots poires oranges amères
Et parfois même la tomate venait à la rescousse
Pour boucler le trimestre
Le citron prenait sa revanche et trônait
En bourreau de circonstance
Imposant ses greffes vicieuses
Et sa bave fils prodigue impénitent
Prêt à toutes les compromissions
Et à tous les plaisirs fruités
Ah il m’en souvient de Aïcha
Et de ses miracles domestiques
Sur Cugnaux traînent derrière les belugas
Des parfums de confitures d’outre mémoire
Poésie/première, Éd. www.editinter.net
23:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Marc ALYN - Deux mille et des poussières...
Deux mille et des poussières
je raye un millénaire sur le calendrier.
- Comment trouvez-vous cette vie? - Palpitante!
- Et ce siècle? - Passable.
L'éternité ne fait pas son âge, ce matin
Et moi, poète confidentiel d'une langue partout étrangère,
Je vous dis que les rues regorgent d'êtres qui n'ont jamais vécu
Et prennent néanmoins la mort en marche ainsi qu'un autobus
Pour des odyssées sans issue vers d'abstraites Sibéries ou de scabreuses Babylones.
Ceux qui n'existèrent qu'à reculons, nourris d'absence et d'avenir posthume
Savent combien il est dangereux de lancer des prières aux dieux
Ou de glisser son âme entre les grilles à portée de leurs griffes.
Serons-nous remboursés à la fin du spectacle?
Vagabond de l'entre-deux-mondes, je guette les oiseaux qui saccagent le ciel.
L'automne a mis partout des fruits qui te ressemblent.
Poésie/première, Éd. www.editinter.net
23:07 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Albert STRICKLER - Tu auras beaucoup appris des feuilles...
Tu auras beaucoup appris des feuilles
de la tendresse avec laquelle
elles houssent de vert les arbres en avril
de leur façon à peine nées
de s'offrir à la pluie et au soleil
de cacher l'oiseau avec le fruit
Tu auras beaucoup appris des feuilles
des frissons qu'elles mêlent aux rires
dans le torrent des vents
dans l'averse des lumières
de leur mille façons de mourir
entre résistance et abandon
de leur mort même
et de la musique qui suit
Poésie/première, Éd. www.editinter.net
23:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Odile CARADEC - Épitaphe des Dames du temps jadis
Par la fente des orélies
pissent les dames en crinoline
Les dames de bonne compagnie
dans les sentiers profonds
sur les landes revêches

Tendrement elles se libèrent
du flot chaud de leur face interne
Et le chérubin qui les veille
en a les ouïes toutes bouffies
Aucun fourré n'est plus obscur
que les crinolines des dames
Aucun n'est plus propre à cacher
lunes naissantes
et postérieurs d'adolescentes
Crinoline, ô tour-prends-garde
autour des postérieurs siffleurs !
Poésie/première, Éd. www.editinter.net
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Paul Eluard - Nous n'irons pas...
Nous n'irons pas au but un par un mais par deux
Nous connaissant par deux nous nous connaîtrons tous
Nous nous aimerons tous et nos enfants riront
De la légende noire où pleure un solitaire.
Derniers poèmes d'amour, Poésie/Gallimard.
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Marie-Amélie CHAVANNE - Invocation
Laisse-moi contempler ton regard,
Ton regard où s'attardent les nuages,
Que traverse un doux vol d'oiseaux,
Beaux oiseaux tristes aux ailes de naufrage
Qui s'en reviennent
Pour mourir dans le couchant...
Laisse-moi m'enivrer de ta voix,
Ta grande voix qui déchire l'espace,
Qui me blesse et m'apaise,
Ta grande voix
Qui fait trembler les étoiles...
Laisse-moi m'étourdir de ta splendeur
Pour oublier la terre
Et ses souvenirs...
Dans ton ombre laisse-moi dormir,
Près de ton âme reposer,
Laisse-moi l'éternité
L'éternité pour t'aimer...
23:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2007
Paul ELUARD - Ma morte vivante
Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos
Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie
Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.
Derniers poèmes d'amour, Poésie/Gallimard.
22:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Paul ELUARD - Entre la lune et le soleil
Je te le dis gracieuse et lumineuse
Ta nudité lèche mes yeux d'enfant
Et c'est l'extase des chasseurs heureux
D'avoir fait croître un gibier transparent
Qui se détend en un vase sans eau
Comme une graine à l'ombre d'un caillou
Je te vois nue arabesque nouée
Aiguille molle à chaque tour d'horloge
Soleil étale au long d'une journée
Rayons tressés nattes de mes plaisirs.
Derniers poèmes d'amour, Poésie/Gallimard.
22:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

