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16.02.2008
Catherine RIBEIRO - Paix
Paix à celui qui hurle parce qu'il voit clair
Paix à nos esprits malades, à nos cœurs éclatés
Paix à nos membres fatigués, déchirés
Paix à nos générations dégénérées
Paix aux grandes confusions de la misère
Paix à celui qui cherche en se frappant la tête contre
des murs en béton
Paix au courroux de l'homme qui a faim
Paix à la haine, à la rage des opprimés
Paix à celui qui travaille de ses mains
Paix à cette nature qui nous a toujours donné le meilleur d'elle-même
Et dont chaque homme quel qu'il soit a besoin
Paix à nos ventres - grands réservoirs de poubelles académiques
Paix à vous mes amis, dont la tendresse m'est une nécessité
Paix et respect de la vie de chacun
Paix à la fascination du feu, paix au lever du jour
à la tombée de la nuit
Paix à celui qui marche sur les routes jusqu'aux
horizons sans fin
Paix au cheval de labour
Paix aux âmes mal-nées qui enfantent des cauchemars
Paix aux rivières, aux mers, aux océans qui accouchent
de poissons luisants de gas-oil
Paix à toi, ma mère, dont le sourire douloureux s'efface auprès de tes enfants
Paix enfin à celui qui n'est plus et qui toute sa vie a trimé
attendant des jours meilleurs
PAIX PAIX...
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MADJNÛN - Chez elle...
Chez elle la beauté est vin, vin la salive,
Vin le plus velouté la douceur de ce teint.
C'est ainsi, tout compté, qu'elle assemble trois vins
Dont un seul vous enivre, ou l'ivresse ravive.
23:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Paul ÉLUARD - Les prisonniers...
Les prisonniers ont envie de rire
Ils ont perdu les clefs de la curiosité
Ils chargent le désir de vivre
De chaînes légères
D'anciens reproches les réjouissent encore
La paresse n'est plus un mystère
L'indépendance est en prison.
L'amour la poésie, Éd. Gallimard.
23:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Paul ÉLUARD - À perte de vue dans le sens de mon corps
Tous les arbres toutes leurs branches toutes leurs feuilles
L'herbe à la base les rochers et les maisons en masse
Au loin la mer que ton oeil baigne
Ces images d'un jour après l'autre
Les vices les vertus tellement imparfaits
La transparence des passants dans les rues de hasard
Et des passants exhalées par tes recherches obstinées
Tes idées fixes au cœur de plomb aux lèvres vierges
Les vices les vertus tellement imparfaits
La ressemblance des regards de permission avec les yeux que tu conquis
L'imitation des mots des attitudes des idées
Les vices les vertus tellement imparfaits
L'amour c'est l'homme inachevé.
23:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Paul ÉLUARD - Prête aux baisers résurrecteurs
Pauvre je ne peux pas vivre dans l’ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T’entendre nue et te voir nue
Pour abuser de tes caresses
Par bonheur ou par malheur
Je connais ton secret pas cœur
Toutes les portes de ton empire
Celle des yeux celle des mains
Des seins et de ta bouche où chaque langue fond
ET la porte du temps ouverte entre tes jambes
La fleur des nuits d’été aux lèvres de la foudre
Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout en gardant cette pâleur de perle morte
Tout en donnant ton cœur tout en ouvrant tes jambes
Tu es comme la mer tu berces les étoiles
Tu es le champ d’amour tu lies et tu sépares
Les amants et les fous
Tu es la faim le pain la soif l’ivresse haute
Et le dernier mariage entre rêve et vertu.
Derniers poèmes d'amour, Éd. Gallimard.
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Paul ÉLUARD - Par une nuit nouvelle
Femme avec laquelle j’ai vécu
Femme avec laquelle je vis
Femme avec laquelle je vivrai
Toujours la même
Il te faut un manteau rouge
Des gants rouges un masque rouge
Et des bas noirs
Des raisons des preuves
De te voir toute nue
Nudité pure ô parure parée
Seins ô mon cœur
La vie immédiate, Éd. Gallimard.
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Paul ÉLUARD - Je t’ai imaginée
Le grand merci que je dois à la vie
Non à la mienne mais à toute vie
Car tu es femme entière à la folie
Et rien n’a pu te réduire à toi-même
Dors mon enfance ma confiance d’or
Sur la litière où nous n’avons qu’un cœur
Fuyez misères à visage d’homme
Veiller sur toi c’est rêver d’être toi
C’est être sérieux
Sans avoir rien appris
Si de raison ma tête s’éclairait
Je ne serais qu’un homme qui a tort
Baiser m’enivre un peu plus qu’il ne faut
Je suis futur et rien n’a de limites
Toi l’endormie moi l’homme sans sommeil
Nous partageons une marge indistincte
De fruits de fleurs de fruits couvrant les fleurs
Et de soleil s’enchevêtrant aux nuits
Comme si la nuit
Était la terre des couleurs
Comme si la verdure et l’automne
Naissaient du gel fixé aux branches
Comme si ces vivants que l’on nomme
Sel de la terre ou lumière de nuit
Ne pouvaient pas se contrefaire
Ne pas avoir un ventre déférent
Des seins décents aimables complaisants
Où en es-tu je vis j’ai vécu je vivrai
Je crée je t’ai créée je te transformerai
Pourtant je suis toujours par toi l’enfant sans ombre
Je t’ai imaginée.
Derniers poèmes d'amour, Éd. Gallimard.
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Paul ÉLUARD - À peine défigurée
Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime
Tu n’es pas tout à fait la misère
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire
Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps
Tête désappointée
Tristesse beau visage.
La vie immédiate, Éd. Gallimard.
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Paul ÉLUARD - Négation de la poésie
J’ai pris de toi tout le souci tout le tourment
Que l’on peut prendre à travers tout à travers rien
Aurais-je pu ne pas t’aimer
O toi que la gentillesse
Comme une pêche après une autre pêche
Aussi fondantes que l’été

Tout le souci tout le tourment
De vivre encore et d’être absent
D’écrire ce poème
Au lien du poème vivant
Que je n’écrirai pas
Puisque tu n’es pas là
Les plus ténus dessins du feu
Préparent l’incendie ultime
Les moindres miettes de pain
Suffisent aux mourants
J’ai connu la vertu vivante
J’ai connu le bien incarné
Je refuse ta mort mais j’accepte la mienne
Ton ombre qui s’étend sur moi
Je voudrais en faire un jardin
L’arc débandé nous sommes de la même nuit
Et je veux continuer ton immobilité
Et le discours inexistant
Qui commence avec toi qui finiras en moi
Avec moi volontaire obstiné révolté
Amoureux comme toi des charmes de la terre.
Derniers poèmes d'amour, Éd. Gallimard.
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Paul ÉLUARD - Yves Tanguy
Un soir tous les soirs et ce soir comme les autres
Près de la nuit hermaphrodite
À croissance à peine retardée
Les lampes et leur venaison sont sacrifiées
Mais dans l'œil calciné des lynx et des hiboux
Le grand soleil interminable
Crève-cœur des saisons
Le corbeau familial
La puissance de voir que la terre environne.
Il y a des étoiles en relief sur une eau froide
Plus noires que la nuit
Ainsi sur l'heure comme une fin l'aurore
Toutes illusions à fleur de mémoire
Toutes les feuilles à l'ombre des parfums.
Et les filles des mains ont beau pour m'endormir
Cambrer leur taille ouvrir les anémones de leurs seins
Je ne prends rien dans ces filets de chair et de frissons
Du bout du monde au crépuscule d'aujourd'hui
Rien ne résiste à mes images désolées.
En guise d'ailes le silence a des plaines gelées
Que le moindre désir fait craquer
La nuit qui se retourne les découvre
Et les rejette à l'horizon.
Nous avions décidé que rien ne se définirait
Que selon le doigt posé par hasard sur les commandes d'un appareil brisé.
La vie immédiate, Éd. Gallimard.
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