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08.03.2008

Clarice LISPECTOR - Prends ma main...

Prends ma main...
Je vais à l'instant te conter
0a5ccbaf80e3a839915b80075e0442ef.jpgComment je suis entrée dans l'ineffable
Qui a toujours été ma quête insaisissable et secrète
Comment je suis entrée dans l'interstice unissant les numéros un et deux
Comment j'ai connu la frontière qui sépare mystère et feu
Combien souterraine est cette frontière

Entre deux notes de musique vibre une autre note
Entre deux maintenants de vie se glisse un autre maintenant de vie
Et deux grains de sable même inséparablement liés
Sont partagés par un espace infime
Entre deux sentiments se loge un autre sentiment
Et dans toute matière se love un espace
Qui est respiration du monde.
Et cette incessante respiration du monde
N'est autre que ce que nous entendons
N'est autre que le silence.


(Traduction libre)

Pierre de MARBEUF - Tu me dis que...

c0c1b5d0800bd389f168f85c75a36a03.jpgTu me dis que l'amour est toujours en enfance,
Qu'il se plaît, comme enfant, à mille petits jeux,
Et s'il blesse quelqu'un se jouant de ses feux,
Que le mal qu'il lui fait vient de son ignorance.

Qu'aveugle est cet archer qui n'a pas connaissance
Où frapperont ses traits qui sont si dangereux :
Et si pour son sujet quelqu'un est malheureux,
Tu m'assures que c'est une pure innocence.

S'il est vrai que l'amour ne t'est pas inconnu,
Qu'il est un imbécile, et qu'il va toujours nu,
Innocent, dépouillé de malice et de ruse :

N'ai-je point de raison, quand le mal que je sens
Me fait dire, qu'Hérode aurait eu quelque excuse,
S'il eut tué l'amour avec les Innocents.


L'innocence d'amour.

Maxime LE FORESTIER - Je veux des hommes...

7d103fb315accebc9d43597727b82217.jpgJe veux des hommes qui ne connaissent que l'enfer
Que la peur fait rire, que les coups font rugir
Perdus pour la vie, oubliés par la chance
Je veux des hommes taillés dans la roche dure,
Des murs de silence qui se moquent des saisons
Je veux des hommes qui n'ont plus que leur nom
Pas des moutons, pas des bêtes de somme
Des hommes qui s'entêtent à seulement subsister
Je veux des hommes qui relèvent la tête quand on les fait ramper

Je veux des hommes acharnés à survivre
Pleins de haine, de rage, de venin
Je veux des hommes qui se croient libres
Sitôt qu'on note les chaînes qui entravent leurs mains
Je veux des hommes coulés dans des veines de marbre
Je veux des hommes sans age, qui n'ont jamais
Jamais rien fait d'autre qu'obéir et creuser
Je veux des hommes que rien n'arrête
Je veux des hommes qui relèvent la tête quand on les fait ramper

Je veux des hommes sans futur et qui le savent
Des hommes que les autres esclaves
Sont prêts à suivre n'importe où
Des chefs de meutes qui vont jusqu'au bout
De leurs pauvres cauchemars, juste bons à abattre
Pour éviter l'émeute.
Moi, je les fais se battre
En paix pour les voir s'entre-tuer
Ca donne de la saveur aux fêtes
Je veux des hommes qui relèvent la tête quand on les fait ramper

Je veux des hommes qui relèvent la tête
Je veux des hommes
Je veux des hommes qui relèvent la tête quand on les fait ramper

Je veux des hommes pointus comme des fers de lance
Aussi fin que leurs couteaux
Je veux des hommes sans pitié, sans souffrance
Une seule récompense, sauver leur peau
Je veux des hommes plus forts, plus souples, plus retors
On savoure les corps à corps
On fait durer
On est le maître
Je veux des hommes qui relèvent la tête quand on les fait ramper

Je veux des hommes lavés à l'eau de source
Des étalons de course
Désirables, excitants jusqu'au bout de la mort
Qu'on donne une femelle aux plus forts
Je veux des hommes de choix pour les plus exigeantes
Du piment dans les nuits des clientes
Pansés, massés, huilés, baignés
Ranimer le male, réveiller la bête
Je veux des hommes qui relèvent la tête
Quand on les fait ramper

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