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30.03.2008

Jacques PREVERT - La guerre

Vous déboisez
Imbéciles
Vous déboisez
Tous les jeunes arbres avec la vieille hache
Vous les enlevez
Vous déboisez
Imbéciles
Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines
Vous les gardez
Et vous accrochez une pancarte
Arbres du bien et du mal
Arbres de la victoire
Arbres de la liberté
Et la forêt déserte pue le vieux bois crevé
Et les oiseaux s'en vont
Et vous restez là à chanter
Vous restez là
Imbéciles
A chanter et à défiler.

Anne PERRIER - rompre les amarres...

rompre les amarres
Partir partir
Je ne suis pas de ceux qui restent
b9b73c329c741c7ac73c367fcc4804b7.jpgLa maison le jardin tant aimés
Ne sont jamais derrière mais devant
Dans la splendide brume
Inconnue

La Voie nomade, Éd. Zoé.

Robert DESNOS - Notre paire quiète, ô yeux...

Notre paire quiète, ô yeux !
que votre « non » soit sang (t'y fier ?)
que votre araignée rie,
que votre vol honteux soit fête (au fait)
sur la terre (commotion).

Donnez-nous, aux joues réduites,
notre pain quotidien.
Part, donnez-nous, de nos oeufs foncés
comme nous part donnons
à ceux qui nous ont offensés.
Nounou laissez-nous succomber à la tentation
et d'aile ivrez-nous du mal.


Corps et biens, NRF.

Kathleen RAINE - Ici n'est pas ma demeure, ni moi ceci

6d318616675f412b61b0e66603b29d9b.jpgTrop longtemps loin du chemin,
vous vous êtes rapproché, récemment,
Ou est-ce moi,
Tardivement, qui reviens,
Approchant de la fin de mon temps ?
J'ai vécu toute une vie
Mes travaux et mes jours avec amis et étrangers,
Maintenant ces liens
Qu'eux et moi avons tissés
Ne me retiennent plus, seule,
Devoirs, achevés ou inachevés, oubliés.
Avec quelle facilité le temps d'une vie se dissipe
Et je reste libre,
Maintenant, de nouveau, comme alors.
Compagnon invisible, éternellement jeune,
Emmène-moi
Où tu veux, au-delà des souvenirs,
Au-delà des jours passés et des maisons disparues,
Visages rappelés et oubliés.
Ici n'est pas ma demeure, ni moi ceci.


La présence, Éd. Verdier.

Alliette AUDRA - N'envoyez plus de lettres...

043df2bb54b2833b56b4bc25b3c6f142.jpgN'envoyez plus de lettres, seulement des feuilles
d'arbres, que le soleil détache ou le vent cueille
ou l'automne abat et dépose entre vos mains.
Je ne les recevrai jamais le lendemain
mais j'ai depuis toujours l'habitude d'attendre
et mon cœur, de veiller, n'en sera pas moins tendre.
Vous ne pourrez, c'est vrai, rien écrire dessus,
cependant je les lirai comme si j'avais su
les paroles que vous formulez dans votre âme
tant vos rêves ont pour moi l'éclat de la flamme.
Choisissez les couleurs suivant le ton des jours:
que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,
et d'un vert bien profond si l'azur est trop pâle.
Qu'elle soit de chêne et blonde comme le hâle
au front d'un bel enfant, quand s'achève l'été,
et lorsque vient Novembre, afin de refléter
ce qu'il ensevelit et ce qu'il remémore,
veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
Mais qu'elle soit de hêtre, d'aulne ou d'olivier,
que m'importe après tout pourvu que vous viviez !
Et si dans le futur, un jour, Dieu vous propose
par hasard le bonheur, pour me dire la chose,
envoyez simplement une feuille de rose.


Poèmes choisis, Éd. Seghers.

Nelly SACHS - Et l'infime perle de l'éternité...

Et l'infime perle de l'éternité
à nouveau cachée dans les coquillages,
et le hiéroglyphe de la lumière
à nouveau dans les yeux
en promesse de larmes,

et la stratégie céleste des étoiles
à nouveau sans repos,
arrachée du labeur d'éternité,
criant avec des météores
qui tombent sur des routes sœurs ? avec la même musique de plomb
et la cendre de l'oubli.

Mais des envolées
plus haut que la mort
ne s'en retournent plus dans des chambres de malades,
ces oiseaux continuent de nicher
dans leur propre joie.

Exode et Métamorphose, Éd. Verdier.

Mayy ZIYADA - Ces yeux...

Ces yeux, où la prunelle monte la garde
pour protéger le visage contre l’indiscrétion
malveillante et la curiosité qui s’agriffe...
Ces flots mouvants qui ondulent
entre le bord des paupières
et l’extrémité des cils,
comme ceux des étangs qui s’expriment
par le murmure des vagues
et des peupliers alentour.
Les yeux... Ne sont-ils pas pour toi
un objet de stupéfaction ?
Les yeux couleur de cendre, avec leurs rêves,
875192a66f96fa856b3b8fecf4c33e99.jpgles yeux couleur de ciel,
avec leurs illuminations,
les yeux couleur de miel, avec leurs friandises,
les yeux couleur du café,
avec leur force attirante,
les yeux qui recueillent avec soin
la force et la douceur contenues
dans tout ce qui les entoure.
Tous les yeux,
ceux qui te rappellent
la limpidité du ciel,
et ceux où fait halte et se repose
la profondeur des mers,
ceux qui te montrent en eux
les déserts et leurs mirages,
ceux qui te transportent en rêve
dans un royaume éthéré
fait tout entier de beauté,
ceux dans lesquels passent des nuages
zébrés d’éclairs, chargés de pluie,
ceux dont ton regard ne peut se détacher
sans chercher aussitôt où se trouve
le grain de beauté sur la joue,
les yeux étroits, arrondis, les yeux
en forme d’amande allongée,
ceux qui s’enfoncent dans leur orbite
à force d’approfondir les mots
et de réfléchir leur sens,
ceux dont la vision est vaste
et le mouvement retenu,
ceux dont les paupières couvent la flamme
d’un mouvement calme,
comme déploient leurs ailes
les oiseaux blancs des lacs du Nord,
ceux dont les langues de feu vertes
tournoient comme autant de vrilles
prêtes à s’enfoncer
dans les cœurs fascinés,
et d’autres, d’autres, d’autres encore.
Les yeux qui s’émeuvent,
les yeux qui méditent,
les yeux qui savourent,
les yeux qui cèdent à la pitié,
et ceux où établissent leur camp de guerre
haines secrètes et colères,
et ceux dont les eaux troublent multiplient
les secrets...
Lève-toi, va vers ton miroir,
penche-toi sur ces deux lacs pleins de sortilèges.
Les avais-tu seulement étudiés
avant ce jour ?...
Si tu veux me connaître,
moi, l’inconnue,
observe donc mieux tes prunelles.
Ton regard me retrouvera, malgré toi,
dans ton regard.

Illustration: G. STEVE.
La poésie arabe, anthologie, Éd. Phébus.

André FRÉNAUD - Si mince...

410b7f0fca51bfffc083d41d145b4ae5.jpgSi mince l’anfractuosité d’où sortait la voix,
si exténuant l’édifice entrevu,
si brûlants sont les monstres, terrible l’harmonie,
si lointain le parcours, si aiguë la blessure
et si gardée la nuit.

Il faudrait qu’elles fussent justes et ambiguës,
jamais rencontrées, évidentes, reconnues,
sorties du ventre, retenues, sorties,
serrées comme des grains dans la bouche d’un rat,
serrées, ordonnées comme les grains dans l’épi,
secrètes comme est l’ordre
que font luire ensemble les arbres du paradis,
les paroles du poème.

Depuis toujours déjà, Gallimard.

Andrée CHEDID - S'acheminer...

91b092399ddd33454a820cc7a1a44f79.jpgS'acheminer
Tantôt profanes tantôt magiques
Perclus d'ombres et d'élans
Equipés pour l'ascension
Comme pour la chute
Nous cheminons
Nous nous acheminons


Territoires du souffle, Éd. Flammarion.

Pierre HERBART - Des mains...

fad8a4f3087891bf519f3af9cbb828eb.jpgDes mains pour écrire
Des mains pour toucher
Des mains pour caresser
la Terre

Nourrir
le Feu
pour que
brûle l'argile
émail d'éternitude.

(Source incertaine) Alcyon, Éd. Gallimard.

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