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12.04.2008
Miguel TORGA - Mer !

Mer!
Et un poème ouvert qui résonne
Dans la conque de la plage...
Ah, qui pourrait l'entendre sans plus de vers!
Ainsi pure,
Ainsi bleue,
Ainsi salée...
Miracle horizontal
Universelle,
En un seul mot réalisée.
Diário XI.
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Eugénio DE ANDRADE - Fais une clé...
I
Fais une clef, même petite,
entre dans la maison.
Consens à la douceur, aie pitié
de la matière des songes et des oiseaux.
Invoque le feu, la clarté, la musique des flancs
Ne dis pas pierre, dis fenêtre
Ne sois pas comme l’ombre […]
Matière solaire, suivi de Le Poids de l’ombre et de Blanc sur blanc, Poésie/Gallimard.
23:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Eugénio DE ANDRADE - Elles viennent de l'enfance, ces femmes...
Elles viennent de l'enfance, ces femmes.
Muettes, discrètes, sans hâte
d'exister. Femmes splendides,
coiffées une raie au milieu,
les oreilles dégagées d'une chevelure
d'ombre claire.
Dans leur cœur le monde
n'était pas si petit et ce qu' elles faisaient
ne leur semblait pas une humiliation.
Elles savaient vieillir avec la nonchalante
lumière des enfants
et des animaux de la maison.
A l'égal de la rose.
Avec cette glaise, si pauvre
si maigre si sombre,
avec cette glaise où la lumière,
même la plus dure, difficilement
pénètre;
où l'eau, crue elle aussi,
ne s'attarde pas
et s'échappe; avec cette glaise
où seule la solitude,
elle oui, profonde et tellement nôtre,
se sent chez elle;
avec cette glaise
- quel pain, quel vêtement, quelle demeure
vont faire de telles mains
si aveugles et si avides?
Le sel de la langue, Éd. La Différence.
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Jean-Pierre SIMÉON - Vous n’aurez que faire...
Vous n’aurez que faire d’une jouissance sans dévotion. Votre amour sera une cascade invincible, vous n’applaudirez plus qu’aux prairies animées du désir. Mais, je vous le dis, le poète n’a que des victoires malmenées.
N’hésitez plus pourtant : soyez assidus à la terreur comme à la tendresse. Nous avons besoin comme jamais de regards urgents, de doutes consentis et de caresses scintillantes.
Risquez tout, risquez votre visage et votre geste dans des fontaines sans pitié ; votre audace claquera comme le fouet de l’aube sur une mer dépourvue, le ciel enfin valide pèsera à votre poitrine, vous mépriserez l’absence et son gravier mort, vous aurez honte de l’instant médiocre qui assassine.
A votre épaule dormira un essaim amoureux.
Ouvrant, le pas, Cheyne Éditeur.
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Michel MONNEREAU - Il faut des mains de laine...
Il faut des mains de laine
pour apaiser le cœur.
Ah, poser son front
contre la vitre de l’attente
comme on garde
une parole pour qui l’on aime
et qui viendra peut-être,
si l’amour tourne au beau.
La saison des servitudes, Cheyne Éditeur.
23:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Jacques VANDENSCHRICK - Si tu dormais dans les mélèzes...
Si tu dormais dans les mélèzes,
Tu retrouverais en rêvant
Le petit livre court
Bombé sur ses images
Comme un enfant qui serait gai,
Comme un corsage,
Deux mains très nues serrées
Sur des jonquilles.
Avec l'écarté, Cheyne Éditeur.
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Albane GELLÉ - elle... il...
elle
son drame c’est de ne pas être
intelligible quand elle se met à
parler de trop ce qu’elle comprend.
il
lui écrit en cachette de la grande
personne qu’il est devenu.
Je te nous aime, Cheyne Éditeur.
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Jacques VANDENSCHRICK - lorsque...
strong>Lorsque vous passerez les portes
Ne dites rien. Laissez tourner
Ces rafales d'oiseaux dans les buis
S'affoler aux pelouses
Le réquisitoire du vent.
Avec l'écarté, Cheyne Éditeur.
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Jacques PRÉVERT - Le discours sur la paix
Vers la fin d'un discours extrêmement important
le grand homme d'État trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre les dents
et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d'argent.
22:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Victor HUGO - Où vont tous ces enfants...

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu: - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !
Les contemplations.
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